Neo-Geo : « Une claque à ta PlayStation 5 » ?

Par Vincent , le août 13, 2023 - 6 minutes de lecture
Neo-Geo

2023 après Jésus-Christ. Une ère où toutes les consoles se gargarisent de jeux vidéo toujours plus beaux, toujours plus réalistes, toujours plus tridimensionnels – mais pas toujours plus mieux. Toutes ? Non ! Car la Neo-Geo, malgré ses quelques trente années d’ancienneté, reste une valeur sûre et pérenne pour bon nombre de gamers férus de bastons en deux dimensions. Gros plan – un peu pixelisé, forcément – sur la « Rolls Royce des consoles ».

Qui, parmi nous, n’a pas rêvé de conduire un jour dans sa vie une Rolls Royce ? Cylindrée mythique qu’on n’admire jamais qu’en photographie et cristallisant à elle toute seule la classe automobile, de par sa rareté et son degré de finition superlatif. Rareté et finition superlative : deux attributs qu’on pourrait tout aussi bien appliquer à cette surprenante mécanique qu’est la Neo-Geo, source intarissable de folklore et de fantasmes apparue à la lueur des nineties sur la planète jeu vidéo.

Historiquement, si la Neo-Geo doit sa notoriété à un truc, c’est bien à son coût stratosphérique qui frôlait l’indécence : environ 3000 francs la machine, 1500 la cartouche. Cher. Trop cher pour l’adolescent lambda en galère de thune pour payer sa 8.6 à la sortie du lycée. Voilà pourquoi la plupart des fans de la première heure ont d’abord découvert la Neo chez un ami dont les darons se révélaient suffisamment friqués pour héberger le Saint-Graal. Toute une madeleine de Proust pour le rédacteur en chef de JeuxActu, Maxime Chao, qui, après être « littéralement tombé amoureux de la Neo chez un pote », a pris la cruelle décision de vendre sa Super Nintendo et la quasi-totalité de ses jeux pour s’offrir une Neo-Geo pourvue… d’une seule cartouche.

De l’arcade à la maison

Dérisoire ? Peut-être. Mais ce serait préjuger du caractère révolutionnaire d’une console qui, à l’époque, atomisait toute la concurrence sur un strict plan technique. « Pour un même jeu de baston adapté sur Super Nintendo et Neo-Geo, rembobine Maxime Chao, le premier était à des années-lumières du second en termes d’animation, de graphisme, de son… » Au point que la Neo s’avérait être la seule console capable d’égaler l’écrin graphique et la fluidité de mouvement des jeux tournant sur borne d’arcade, ce bandit manchot des temps modernes qui vidait sournoisement nos poches à coups de « insert coin ».

« Or, l’arcade était la Formule 1 du jeu vidéo, abonde l’ex-rédacteur en chef de Consoles +, Vincent Oms. Tu voyais un jeu tourner dans un bar ou une salle de jeux ? Si tu achetais la cartouche Neo, eh ben, c’était la même chose, le même jeu, mais chez toi. Pour qu’un ado d’aujourd’hui comprenne la violence du truc, c’est un peu comme si une console sortie de nulle part mettait une gentille bifle à ta PlayStation 3. »

Quid du catalogue de jeux dans tout ça ? C’est là que la légende vacille un petit peu. Car les détracteurs de la Neo-Geo lui ont souvent reproché de se cantonner à deux ou trois genres réservés aux initiés. « Jeux d’aventure ? Jeux de plateforme ? Circulez, y a rien à voir, ironise Vincent Oms. Si tu ne vivais pas pour exécuter des boules de feu dans un décor thaï, c’était pas la peine. »

Face à la profondeur de banc réduite de la Neo-Geo, et la montée en puissance progressive et inéluctable des consoles concurrentes à l’orée du troisième millénaire, Maxime Chao brandit l’argument d’autorité de sa dimension intemporelle : « Elle est encore plus culte aujourd’hui pour la simple et bonne raison que maintenant, des jeux de baston en 2D, il n’y en a quasiment plus, ou très peu. Et lorsqu’il y en a, je les trouve presque trop fluides, trop bien animés, faisant que tu ne peux plus réaliser de combos (enchaînements de coups, ndlr) comme à l’époque. Ça explique pourquoi tant de gens continuent à organiser des tournois de King Of Fighters 98, qui reste encore de nos jours une référence absolue. »

Morte et ressuscitée

Forte d’un socle de fans irréductibles et d’une aura romantique qui la nimbera durant toute sa carrière, la Neo-Geo finira malgré tout par expirer son dernier pixel en 2004, comme figée dans cette posture anachronique qui n’a, au fond, jamais cessé de l’escorter : trop forte pour la concurrence à ses débuts, trop faible sur la fin, elle incarne l’archétype de la machine « ex nihilo » qui n’a jamais existé en dehors d’elle-même. Conçue par des fous furieux, pour des fous furieux.

End of story ? Que nenni ! Car la Neo-Geo connaît une existence posthume paradoxalement plus exaltante que jamais. La raison ? Parce qu’elle a cessé toute activité, la Neo a comme qui dirait dépassé sa condition originelle de divertissement pur et dur, pour évoluer en objet d’art convoité par une horde de fanboys et de collectionneurs avides de bonnes affaires. Effet secondaire amplifié par une donnée arithmétique toute bête : les Neo-Geo circulant à la surface de la planète sont réduites à leur portion congrue, et certains jeux produits en quantité très, très limitée. C’est ainsi que la version européenne du dénommé Kizuna Encounter – un jeu de combat vraisemblablement assez foireux… – a été estimée à 10 000 euros ! Cote qu’on peut multiplier sans souci par quatre ou cinq, lorsqu’on sait que le jeu n’a été édité qu’à quatre copies dans le monde. Simple application du sacro-saint mantra de l’offre et de la demande.

Cotes exponentielles, faux vendus à prix d’or aux enchères virtuelles, marché noir « où la moindre éraflure sur la jaquette, dixit Maxime Chao, fait baisser sa cote de 10 % » : autant d’anecdotes croustillantes qui entretiennent la hype de la plus dandy des consoles. Dernière folie en date, le « Aero Fighters 3 Gate », à faire passer L’Affaire Du Collier de Blake et Mortimer pour un vulgaire roman de gare. Soit l’histoire d’un mec tout heureux de dégoter la rarissime version américaine dudit jeu pour la modique somme de 30 000 dollars (!), alors qu’une compilation d’indices troublants questionne l’authenticité de la cartouche qui se profile comme une vulgaire copie de l’original. « Supercherie énormissime qui ne fait que renforcer la légende », conclut un Vincent Oms euphorique. Prends ça, la PlayStation 3.

Source : popcorngame.fr

Vincent

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